Frédéric Pajak

FREDERIC PAJAK

1/ Je n’ai pas de stylo ni de crayon. Je dessine avec une plume et des pinceaux. Ce sont peut-être mes meilleurs amis mais je ne suis pas leur meilleur ami. Quand je fais un dessin, je détruis une à deux plumes par dessin et un pinceau tous les 20 à 30 dessins ; les plumes que l’on fabrique aujourd’hui sont très mauvaises. On ne fabrique plus de bonnes plumes. Et même l’encre de chine, je suis obligé de la faire venir de LIEPZIG car ce qu’on appelle l’encre PELICAN que tout le monde connait est une encre fabriquée en INDE et elle ne convient pas à mes dessins. Il y a beaucoup de traits et de noir dans mes dessins et cette encre est un peu grasse donc elle manque de fluidité et si on met de l’eau, elle manque de pigments. A LEIPZIG, c’est une ancienne usine du XIXème siècle et qui fait des encres avec des pigmentations différentes. Il y a des noirs plus ou moins froids ou chauds, plus ou moins noirs. On peut avoir des noirs très noirs. Il n’y a plus qu’une fabrique qui fait une très bonne encre. Les pinceaux, je les abime volontairement. Je les ébouriffe avec une technique très particulière !

2/ j’aime toutes les couleurs. Le problème des couleurs, c’est quelle couleur va avec quelle couleur. C’est le problème de la peinture. Ce n’est pas la couleur en soi. C’est le rapport entre les couleurs. VAN GOGH a fait avancer la question du rapport entre les couleurs en utilisant presque systématiquement les complémentaires. Si on prend un de ses tableaux, ce n’est pas le bleu qui est intéressant, c’est le bleu et le jaune, c’est le vert et le rouge. Ce que j’aime bien c’est le rapport entre elles. Je viens de la peinture. J’espère pouvoir refaire de la peinture. C’est plus agréable de peindre que de dessiner. Je ne respire pas quand je dessine. Je retiens ma respiration. Quand je peins, je peux m’exprimer avec mon corps et ma respiration et souvent avec de la couleur.

3/ je suis insomniaque. Un vrai insomniaque. Je me réjouis de la nuit et en même temps, ce qui est compliqué c’est le matin. Je pense que c’est le meilleur moment de la journée, le matin, mais moi souvent je dors le matin car je m’endors vers six heures du matin. J’ai souvent expliqué que je dessine en gros pendant deux mois par an et le reste du temps je ne dessine pas. Quand je dessine, c’est très intense et je dessine la nuit. Je commence à 11 h du matin jusqu’à 7 heures du matin le lendemain. Je fais des nuits complètes de travail. Dans la nuit, il y a une forme de « folie », d’exaltation.

4/ j’ai peur de tellement de chose ! De l’incompétence ! de l’incompétence galopante ! je vous le dis rapidement ! !

5/ je voudrai dessiner la Nature ! c’est laborieux de dessiner des villes, les villes, c’est rigide. La nature, c’est infini. J’ai fait beaucoup de montagne. Mon grand plaisir c’est de partir le matin dans la montagne, de marcher 4-5 heures et de dessiner 3 heures et de rentre le soir., de dessiner dans la montagne, c’est extraordinaire ! Il y a du vent, c’est compliqué. Je dessine tout le temps je fais des pauses je m’arrête dans un endroit qui me plaît. Je l’ai beaucoup fait, seul. J’ai marché dans les Pyrénées, dans le jura. Dans les Pyrénées, j’ai dessiné des chemins. En fait, c’est très difficile à dessiner un chemin. Il y a tellement de choses dans un chemin, des cailloux, il y a de la terre, de l’herbe, il y a des feuilles, un horizon, c’est d’une complexité infinie. J’ai fait 50 dessins par exemple dans les Pyrénées et je me suis aperçu que je pourrais faire ça toute ma vie. Et c’est assez beau de dessiner un chemin. Je ne dis pas que mes dessins sont beaux mais je dis que c’est beau de dessiner un chemin c’est beau parce qu’en fait, il y a une perspective qui n’est pas une perspective ordinaire, pas celle d’un paysage par ce que l’on sait ce qu’il va se passer quelque chose sur un chemin. Pour préciser cette histoire de chemin, j’ai fait un dessin, comme vous le savez peut-être mon père est mort dans un accident de voiture et j’ai mis des années à faire ce dessin. Je ne savais pas comment dessiner cet accident et je suis allé sur le lieu où mon père est mort, entre Paris et Strasbourg à Vitry le François. Mon père avait une DS. Je dessinais la voiture sur la route avec le paysage, c’était en été, c’était le 27 juillet, puis il n’y avait presque personne sur la route, puis il y avait un tracteur et un type qui a débouché du tracteur sans regarder, mais ce qui est fou c’est que quand j’ai fini ce dessin, je me suis dit, il raconte quelque chose qui va se passer, ce qui n’est pas le cas des autres dessins. Ça va se passer et c’est extraordinaire. André François a fait un dessin qui m’a toujours marqué : il y a des pompiers, il y a un incendie et puis il y a un type qui est entrain de sauter, tout petit, tout maigre et juste au-dessus de lui, il y a une femme énorme qui va l’écraser ! c’est aussi un dessin où il va se passer quelque chose. Je me suis demandé si je n’allais pas faire un recueil de dessins où il va se passer quelque chose, ce qui n’est pas courant dans le dessin !

Category

Reportage 2017